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UNCTAD/PRESS/IN/2021/002
Rapport 2021 sur les pays les moins avancés : les pays les moins avancés dans le monde post-COVID : tirer les enseignements de 50 ans d'expérience
Faits et chiffres

Geneva, Suisse, 27 septembre 2021

Planter le décor : Le cinquantenaire de la création de la catégorie PMA

  • Le nombre de PMA a doublé, passant de 25 lors de la création de la catégorie en 1971 à un pic de 52 en 1991. Six pays sont sortis de la catégorie, à savoir le Botswana, Cabo Verde, la Guinée équatoriale, les Maldives, Samoa et Vanuatu, et depuis janvier 2021, les PMA restants sont au nombre de 46.
  • La pandémie de la COVID-19 a entraîné la pire performance de croissance depuis 30 ans et a inversé les progrès réalisés sur plusieurs dimensions du développement, notamment la pauvreté, l'éducation, la nutrition et la santé.
  • Le faible taux de vaccination des PMA contre la COVID-19, qui ne concerne que 2% de la population, contre 41% dans les pays développés, érode la résilience déjà faible de ces pays.
  • Les PMA ne représentaient que 0,13% du commerce mondial total dans les années 2010. Les problèmes de développement des PMA sont restés globalement les mêmes au cours des 50 dernières années, et leur marginalisation dans le commerce international a persisté.
  • 85 % des PMA restent dépendants des produits de base, malgré l'amélioration de la part des produits manufacturés dans leurs exportations, qui est passée d'un peu plus de 20 % en 2011 à 37 % du total des exportations en 2019.

Acquis après cinquante ans : croissance, transformation et durabilité ?

  • Les indicateurs de développement économique et social se sont considérablement améliorés au fil des ans, même si des faiblesses subsistent.
  • Le PIB réel des PMA a été multiplié par cinq, passant d'environ 200 milliards de dollars en 1971 à 1 118 milliards de dollars en 2019 (tous les chiffres sont en prix constants de 2015).
  • Le PIB réel par habitant a augmenté à un rythme beaucoup plus lent que le PIB réel (1,3 % par an), passant d'environ 600 dollars à 1 082 dollars sur la même période, en raison d'une croissance démographique rapide.
  • Avant le choc de la COVID-19, les PMA représentaient environ 1% du PIB mondial, soit à peu près la même part qu'au début des années 1970.
  • Le PIB par habitant du groupe des PMA représentait moins de 10 % de la moyenne mondiale en 2019 - avant la crise du COVID-19. Ce chiffre était encore plus bas qu'en 1971, lorsque leur PIB par habitant s'élevait à 15 % de la moyenne mondiale.
  • Seuls sept PMA, à savoir le Bangladesh, le Bhoutan, le Cambodge, la République démocratique populaire lao, le Lesotho, le Mali et Myanmar ont constamment dépassé la croissance moyenne mondiale du PIB par habitant de plus de 1 % et ont donc convergé vers les niveaux de vie des pays à revenu plus élevé.
  • La moitié des 46 PMA actuels ont pris du retard par rapport à la moyenne mondiale depuis 1971, tandis qu'une douzaine d'autres PMA s’en sont sortis tant bien que mal et ont globalement atteint le taux de croissance mondiale moyen du PIB par habitant.
  • Les accélérations de la croissance ont été courantes au cours de ces 50 années, mais les PMA se distinguent par des effondrements de la croissance plus fréquents que les autres groupes de pays : entre 1971 et 2019, les effondrements ont représenté 16 % de l’ensemble des observations par pays et par an dans le cas des PMA, contre 10 % pour les autres pays en développement et seulement 2 % pour les pays développés.
  • Entre 1995 et 2018, presque tous les PMA ont enregistré une certaine expansion de la valeur ajoutée manufacturière, mais dans la plupart des cas (23 sur 43), celle-ci a été dépassée par la croissance d'autres secteurs, de sorte que le poids global de l'industrie manufacturière dans la valeur ajoutée totale a diminué, donnant lieu à une "désindustrialisation relative".
  • La productivité du travail a augmenté en moyenne de 6 % par an entre 1995 et 2018, dans les 15 PMA pour lesquels des données sectorielles détaillées sont disponibles. La réaffectation de la main-d'œuvre de l'agriculture vers des secteurs à plus forte productivité est à l'origine d'environ la moitié de cette amélioration, tandis que le reste peut être attribué à la croissance de la productivité au sein d'un même secteur (grâce à l'expansion du capital par travailleur et à l'apprentissage sur le tas).

Évaluer les stratégies de développement passées et actuelles

  • Depuis 1981, quatre Programmes d'action ont été mis en œuvre, couvrant diverses dimensions du développement et proposant des solutions pour remédier aux obstacles sociaux, économiques et environnementaux au développement des PMA.
  • Les Programmes d'action ont progressivement différé dans l'orientation et le niveau de détail accordé aux domaines prioritaires pertinents pour faire avancer le processus de transformation structurelle dans les PMA, bien que les capacités productives et la diversification aient été plus ou moins ciblées dans les différents Programmes d'action.
  • Le succès des Programmes d’action dépend des capacités et de l’esprit d’initiative des États des PMA. Cependant, les capacités de ces États se sont amoindries au cours des 40 dernières années, en grande partie à cause des effets des programmes d'ajustement structurel, et des changements récents de l'aide publique au développement (APD).
  • Aucun des Programmes d'action n'a abouti à la pleine réalisation des objectifs fixés.
  • Relativement peu de petits pays donateurs consacrent systématiquement 0,20 % de leur revenu national brut (RNB) à l’aide aux PMA au titre de l'APD, tandis que les pays donateurs plus grands et plus riches n'y consacrent même pas 0,15 % de leur RNB.

Estimer le coût dans les PMA de la réalisation des objectifs de développement durable dans la décennie post-pandémie

  • Les dépenses publiques totales dans les PMA ont été limitées à 20 % du PIB au maximum entre 1990 et 2020, un niveau faible dû à la présence constante de contraintes budgétaires.
  • Les investissements doivent atteindre les priorités clés pour réaliser les ODD en 2021-2030, à savoir : i) une croissance annuelle du PIB de 7 % dans les PMA (cible 8.1) ; ii) l'éradication de l'extrême pauvreté (cible 1.1) ; et iii) le doublement de la part du secteur manufacturier dans le PIB (cible 9.2) :
    • Les PMA devront investir 462 milliards de dollars par an pour atteindre l'objectif d'une croissance annuelle du PIB de 7 % (cible 8.1 des ODD) ;)
    • Les PMA devront investir 485 milliards de dollars par an pour éradiquer l'extrême pauvreté (cible 1.1 des ODD).
    • Les PMA devront investir 1 051 milliards de dollars par an pour doubler la part du secteur manufacturier dans le PIB (cible 9.2 des ODD).
  • Ces taux d'investissement se traduisent par un besoin pour les économies des PMA de croître d'au moins 9% par an pour éradiquer l'extrême pauvreté ou, alternativement, d'un taux beaucoup plus élevé de 20% pour doubler la part de l'industrie manufacturière dans le PIB.
  • Les investissements visés ci-dessus pour la période 2021-2030 représentent environ 27 % du PIB, 73 % de ce total devant être privés, 26 % publics et 1 % issus de partenariats public-privé (PPP).
  • En outre, les PMA devront mobiliser 10,4 % supplémentaires du PIB pour financer les services sociaux et environnementaux.
  • Le niveau des dépenses publiques des PMA devra augmenter de 12,3 % par rapport aux 2,9 % actuels du PIB pour atteindre les principales cibles sociales et environnementales des objectifs de développement durable.
  • Les déficits de financement augmenteront progressivement de 6,3 % à 11,3 % du PIB d'ici à 2030 pour la santé ; de 4,2 % à 6,6 % du PIB d'ici à 2030 pour l'éducation ; de 2 % à 8,5 % du PIB d'ici à 2030 pour la protection sociale.
  • Les recettes fiscales ne suffiront pas à elles seules à couvrir tous les investissements et dépenses supplémentaires nécessaires pour atteindre les cibles des ODD. Les dépenses moyennes totales devraient augmenter de 59 % du PIB pour satisfaire aux trois scénarios d'investissement clés ci-dessus.

Des enseignements tirés de l’expérience passée aux trajectoires de développement futures

  • Le cadre actuel des politiques nationales et internationales n'a pas aidé la majorité des PMA à surmonter les grands défis de développement auxquels ils sont confrontés.
  • La transformation structurelle reste au cœur de la quête des PMA pour atteindre le dynamisme et la résilience économiques. L'accent mis sur le renforcement des capacités productives et des capacités institutionnelles correspondantes est ancré dans la nécessité d'emprunter une voie de développement qui assure la durabilité économique, sociale et environnementale.
  • Une nouvelle génération de mesures de soutien internationales est nécessaire pour permettre aux PMA de suivre des voies de développement différentes, et pour leur permettre d'émerger fortement des effets persistants de la crise de la COVID-19.
  • La cinquième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés, qui se tiendra à Doha (Qatar), en 2022, sera une occasion importante d'aborder les problèmes de développement persistants des PMA.